Chapitre 7 - Lueur blanche et argentée
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Je me retrouve là, suspendue dans un espace noir.
Pas le noir sans fond des blackouts.
Un noir… vivant.
Il n’y a plus de sol sous mes pieds, plus de murs, plus de plafond.
Au-dessus de moi, deux fragments de lune.
Une familiarité me pince la poitrine. Comme si j’avais déjà vu ça… ailleurs.
Entre les deux morceaux de lune, une fissure de lumière tremble, comme une cicatrice lumineuse dans le ciel.
Je baisse les yeux.
Je vois mon corps.
Pas celui d’Aselys.
Le mien.
T-shirt froissé. Jean trop usé aux genoux. Sneakers à moitié défaites.
Mes cheveux noirs tombent sur mes épaules comme avant. Mes mains sont les mains que j’ai connues pendant vingt-deux ans : doigts légèrement tachés d’encre de stylo, petite cicatrice sur le pouce droit.
Je respire.
L’air sent vaguement quelque chose de frais, de doux, avec ce silence particulier des nuits où tout le monde dort encore.
— …Ok, murmuré-je. Ça, c’est nouveau.
Ma voix est la mienne.
Pas celle, plus claire, d’Aselys.
Je tourne sur moi-même.
Il n’y a rien.
Rien que ce noir profond, et la lumière des deux fragments de lune qui me surveille au-dessus de moi.
Un mouvement, devant.
Je m’arrête.
Quelqu’un se tient à quelques mètres de moi.
Silhouette fine, immobile.
Cheveux blancs. Oreilles blanches. Queue blanche qui se balance doucement dans le vide.
Elle porte la tenue que j’ai mise ce matin : la tunique rouge, coincée sous un corset de cuir sombre, le short ajusté qui laisse les cuisses libres de bouger, les lanières qui maintiennent le tout en place, les bottes hautes un peu usées, et la cape sombre qui tombe dans son dos comme une ombre de plus.
Ses yeux me fixent.
Couleur ambre-gris.
Nous nous regardons un moment. Il n’y a pas de peur dans ses traits.
Juste une curiosité calme.
— …Donc, c’est toi.
Ma voix tombe dans le silence.
Elle sursaute à peine, puis un petit sourire lui échappe.
Je sens ma gorge se serrer.
— Je… tu…
Formidable. Vingt-deux ans de vocabulaire, et je bugue sur deux pronoms.
Je fais un pas vers elle.
Elle ne recule pas. Ses oreilles se redressent un peu, sa queue ralentit. Sur son visage, des micro-réactions : surprise, curiosité, intérêt.
— Tu m’entends ? je demande.
Rien.
Pas un mot.
Mais ses yeux s’agrandissent légèrement, et elle incline la tête d’un millimètre.
Comme un oui qui n’a pas le droit de sortir.
La fissure de lumière entre les lunes brille plus fort.
Je lève les yeux, puis les repose sur elle.
Les mots débordent.
— Je suis désolée, je lâche d’un coup.
Ses sourcils se froncent, à peine.
— D’être là. D’avoir… pris ta place. Ton corps. Ta vie.
Je baisse la tête.
— Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je ne sais pas si tu es morte, si tu m’as laissé rentrer, si quelqu’un a décidé ça à ta place. Mais… je ne veux pas te voler ce qui est à toi.
Silence.
Je n’ose pas relever les yeux tout de suite.
Quand je le fais, elle me regarde toujours.
Il y a quelque chose de plus dans son regard. Pas de la colère.
Une tristesse douce.
Et une bienveillance étrange, fragile mais réelle, comme si elle me pardonnait déjà sans savoir encore de quoi.
Elle lève lentement la main vers moi.
Aucun mot ne sort de sa bouche.
La fissure entre les lunes se rétrécit d’un millimètre. La lumière devient plus blanche, plus nette.
Je regarde sa main.
Je tends la mienne.
Mes doigts tremblent un peu.
Deux mains, deux vies, deux mondes tendus l’un vers l’autre dans un vide qui n’existe nulle part.
Nos doigts vont se toucher.
À quelques centimètres près.
Un message s’écrit, mince, au bord de ma vision :
[SYSTEM] – Événement spécial en cours : Convergence intérieure.
Nos mains se rencontrent vraiment.
La paume d’Aselys est chaude contre la mienne, plus solide que tout le reste de ce décor. Au point de contact, la lumière jaillit, d’abord comme une étincelle, puis comme un voile.
Elle remonte le long de nos bras, enveloppe nos corps d’une lueur blanc argenté.
Ça coule sous ma peau, comme si quelqu’un ouvrait un barrage à l’intérieur de ma poitrine. La lueur m’enveloppe, me recouvre, me traverse, jusqu’à ce que je ne sache plus très bien où elle finit, où je commence.
Deux nouveaux messages clignotent, nets :
[SYSTEM] – Fusion partielle des flux.
[SYSTEM] – Flux lunaire déverrouillé.
Le noir se fissure comme un miroir.
Une voix d’enfant, quelque part derrière la lumière, souffle — surprise, comme si elle reconnaissait une signature :
— …Mil…?
Le son se casse. Comme si la connexion refusait d’aller plus loin.
Je tombe.
Je rouvre les yeux, une sensation froide sur le visage.
Je suis à genoux, des larmes que je ne me rappelle pas avoir versées coulent le long de mes joues.
La salle circulaire est revenue.
Les bougies sont allumées maintenant, sans que je sache quand.
Leurs flammes tremblent, comme si elles avaient vu quelque chose qu’elles n’étaient pas censées voir.
La main de la prêtresse est toujours posée entre mes omoplates.
Elle tremble légèrement.
Je la sens retirer sa paume, comme si elle avait touché quelque chose de trop brûlant.
Mon crâne hurle.
Pas une migraine. Plutôt comme si on venait d’installer une mise à jour en force, et que mon cerveau essayait de ne pas crasher.
Je halète.
Kaito est déjà à mes côtés, une main sur mon épaule pour m’empêcher de basculer complètement.
— Aselys !
Sa voix traverse la douleur comme une corde tendue.
Je m’y accroche.
— Je… suis là, je souffle.
Techniquement vrai. Reste à savoir à combien de pour cent.
Frère Halven s’est approché aussi.
— Prêtresse Elea ?
Je l’entends comme à travers de l’eau.
Elle répond, mais les mots se mélangent. Flux… deux rythmes… courants…
Le monde tangue. La lumière des bougies se dédouble, puis se déforme.
Je veux dire “ça va”, mais aucun son ne sort.
Une nouvelle vague de douleur me traverse la tête.
Tout s’éloigne.
Les voix deviennent des échos lointains.
— Allongez-la.
— Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Restez là.
Un dernier éclair de blanc derrière les paupières.
Puis plus rien.
Je replonge dans le noir, sans lune, sans voix.
Juste le silence.
Je remonte à la surface par à-coups.
D’abord, il n’y a que le bruit de mon propre souffle, trop court, trop rapide. Puis le froid : la dureté d’une pierre sous mon dos, un tissu rêche sous ma joue.
Et au milieu de tout ça… une chaleur.
Pas une chaleur qui brûle. Une chaleur douce, diffuse, comme une lumière qui aurait décidé de passer par la peau au lieu des yeux.
Je n’ose pas bouger tout de suite.
Mes paupières sont lourdes. Malgré ça, même les yeux fermés, je vois une lueur : blanche, immobile, qui pulse à peine, au rythme de quelque chose qui n’est pas tout à fait mon cœur.
Je force enfin mes yeux à se rouvrir.
Le plafond n’existe pas.
Ou plutôt, il est tellement blanc qu’il pourrait tout aussi bien ne pas être là. Une pierre claire, lisse, traversée par un rayon de lumière filtré. Je tourne la tête très légèrement.
Elle est là.
Éléa est assise à côté de moi, sur un tabouret bas. Je suis allongée sur une sorte de couchette étroite, un matelas posé directement sur la pierre. Sa main est suspendue à quelques centimètres au-dessus de ma poitrine, l’autre au niveau de mon front.
C’est de là que vient la lumière.
Un halo blanc coule de ses paumes, comme une brume de lune concentrée. La lueur ne m’éblouit pas ; elle glisse en moi, enroule quelque chose, resserre, puis relâche.
À chaque pulsation, le chaos dans ma tête recule d’un pas.
Je reste immobile, à moitié fascinée, à moitié terrifiée.
— …Je sais que vous êtes réveillée, murmure Éléa sans me regarder.
Sa voix est basse, un peu fatiguée. Elle garde les yeux fermés, concentrée.
— Votre flux était complètement chaotique. Si je lâche tout de suite, vous allez vomir, perdre connaissance, ou les deux. Je préfère éviter.
Je cligne des yeux.
— Mon… flux, répété-je d’une voix rauque.
Elle ouvre enfin les paupières.
De près, ses yeux sont encore plus étranges : ce bleu pâle qui accroche la lumière comme une surface d’eau au clair de lune. Ils se posent sur moi, évaluent, vérifient.
La lumière au bout de ses doigts faiblit légèrement, mais ne disparaît pas.
— Le flux, explique-t-elle doucement, c’est l’énergie qui circule en chacun de nous. Personne n’y échappe. Elle a toujours une affinité : plus proche de la terre, de l’eau, du vent, du feu ou d’autres affinités plus rares… Ça donne des couleurs différentes aux courants intérieurs.
Elle marque une courte pause, comme pour vérifier que je suis encore là.
— Normalement, une personne n’en a qu’un, poursuit-elle. Un seul courant, un seul rythme. Même s’il est instable, il reste unique. Dans votre cas…
Elle fronce légèrement les sourcils, pas parce qu’elle doute, mais parce que rien, dans ce qu’elle connaît, ne correspond.
— …Il semble s’être fendu en deux, continue-t-elle. Pas un autre flux : le même… mais séparé en deux courants qui tirent chacun de leur côté.
Elle esquisse un petit geste du bout des doigts, comme si elle manipulait un fil invisible au-dessus de mon torse.
— Il existe des cas où deux flux se superposent… mais ce sont des possessions : deux empreintes distinctes qui se disputent la place.
Ses yeux se reposent sur moi.
— Chez vous, ce n’est pas ça. Il n’y a pas de force hostile, pas de courant qui cherche à dévorer l’autre. C’est… la même source, mais deux courants qui se frôlent sans se comprendre, comme s’ils n’avaient pas encore appris à partager la place.
Je laisse échapper un rire sans humour qui ressemble plus à un souffle brisé.
— Oui, je l’ai senti, dis-je. Surtout quand ils ont décidé de se rentrer dedans au milieu de mon crâne.
Elle incline la tête, sérieux revenu.
— C’est la première fois que je vois ça, ajoute-t-elle. Deux rythmes dans un seul corps, qui ne sont ni ennemis ni alignés.
Je déglutis.
Elle a vu plus juste que n’importe qui jusque-là, juste en observant mon flux.
— Et… ça va ? je risque quoi ? Vous avez l’air de tenir à ce que je ne vomisse pas, ce qui est très gentil, mais…
Je cherche mes mots.
— Est-ce que je vais exploser ? fondre ? Geler ?
Un coin de sa bouche tressaute. Pas tout à fait un sourire. Un relâchement.
— Pas aujourd’hui, répond-elle. J’essaie juste de lisser un peu les bords. Que vos deux courants se déchirent moins.
Elle baisse légèrement la main. La lumière se réduit à un fin halo.
— Je ne peux pas harmoniser vos flux, dit-elle. Je ne sais même pas si c’est possible. Mais je peux éviter qu’ils se lacèrent l’un l’autre pour l’instant.
Je ferme un instant les yeux.
La douleur est toujours là, en toile de fond, mais elle a changé de texture. Moins de coups de marteau, plus une pression sourde, régulière. Comme un nouveau courant qui a enfin trouvé par où passer.
Supportable. À peu près.
Quand je les rouvre, Éléa me regarde toujours. Cette fois, quelque chose a changé dans son expression. Comme si elle hésitait.
— Quoi ? je demande.
Elle cligne des yeux, comme surprise de s’être faite surprendre.
— Rien, dit-elle d’abord. Puis elle se corrige. Enfin...
Elle inspire, profondément, comme quelqu’un qui s’apprête à commettre un petit crime.
— Je ne devrais pas poser ce genre de question, ajoute-t-elle. Ce n’est pas… pertinent pour votre état.
— Vous pouvez essayer, je réplique. Si ça fait partie du traitement, je promets de répondre très sérieusement.
Cette fois, le sourire franchit un peu plus la barrière.
Elle baisse le regard un instant, puis le relève.
— L’extérieur, dit-elle. Hors des murs de la ville. Hors du temple.
Elle tourne légèrement la tête, comme si elle regardait à travers la pierre.
— C’est comment ?
Je reste bête pendant une seconde.
— Vous… n’êtes jamais sortie ? je demande.
Elle secoue la tête.
— Ma mère m’a vendue au temple quand j’étais enfant, dit-elle simplement. Mon flux avait une affinité forte avec Saeluna. Avant ça, nous vivions dans les baraques au bord de la ville. Depuis… je sors quand on a besoin de soins : les docks, la garde, les guildes. Mais je reviens toujours ici.
Elle se reprend, plus sèche :
— Ce n’est pas une plainte. C’est mon rôle.
Je connais trop bien cette phrase-là pour y croire.
Je fixe le plafond une seconde, puis je reviens à elle.
— Dehors, il y a une immense forêt, dis-je doucement.
C’est à peu près tout ce que je connais du dehors, pour l’instant. Alors je m’y accroche.
Les images remontent toutes seules.
— Certains arbres sont plus hauts que la façade du temple. Le chemin disparaissait presque sous les feuilles. Quand le vent passait, tout bougeait en même temps, mais jamais exactement de la même façon. Comme si la forêt respirait.
Je ferme les yeux un instant pour rassembler les sensations.
— Il y a l’odeur de la terre mouillée. La mousse sous les bottes, qui glisse un peu. Les rayons de lumière qui tombent en lignes entre les branches, avec comme de la poussière verte dedans. On entend des choses qu’on ne voit jamais : des oiseaux, des bêtes, des craquements de branches… mais rien ne se montre vraiment.
Je rouvre les yeux.
Éléa m’écoute.
Et surtout, ses yeux.
Ils ne sont plus lisses. Ils brillent.
Ce n’est pas la magie. C’est autre chose. Une faim calme. Un émerveillement qu’elle retient à deux mains.
Exactement la même intensité que j’avais, moi, devant mon écran à trois heures du matin, quand je découvrais une nouvelle zone gigantesque dans un jeu.
— On voyait les deux lunes à travers les branches, j’ajoute. Parfois l’une, parfois l’autre. Parfois les deux en même temps. Et… ça donnait l’impression que le monde continuait très, très loin après ce qu’on pouvait voir.
Je me tais.
Le silence se pose, dense mais pas inconfortable.
Éléa garde les yeux rivés sur moi, comme si elle essayait d’absorber chaque détail pour le stocker dans un coin de sa tête.
— Je comprends mieux pourquoi certains partent, murmure-t-elle finalement.
Sa voix n’a pas changé de volume, mais quelque chose dedans s’est déplacé.
— Pour voir ça. Pour vérifier que ça existe vraiment.
Ses mains ont arrêté de briller sans que je m’en rende compte. Pourtant, la sensation de stabilité reste.
Elle baisse légèrement le regard, comme si elle venait de sentir son masque glisser.
— Je suis désolée, ajoute-t-elle rapidement. Ce n’était pas… pertinent. Vous devez vous reposer.
— C’était pertinent pour vous, je réponds. C’est le moins que je puisse faire pour vous remercier—
Je n’ai pas le temps de développer.
La porte s’ouvre sans qu’on frappe.
Le bruit sec du bois contre la pierre résonne dans la petite salle.
Frère Halven apparaît dans l’embrasure, robe gris perle parfaitement ordonnée, visage toujours aussi lisse… à un détail près.
Ses yeux.
Ils accrochent immédiatement la scène : moi, redressée à moitié sur la couchette ; Éléa, trop près, trop concentrée, mains encore posées dans l’air comme si la lumière n’avait pas cessé de couler il y a quelques secondes.
Sa mâchoire se crispe.
— Sœur Éléa, dit-il d’une voix beaucoup plus dure que tout ce que je lui ai entendu dire jusqu’ici. Cela suffit.
L’air de la pièce change. Il se densifie, se refroidit.
Éléa se redresse d’un bond, comme une élève prise en faute. Ses mains retombent le long de son corps, ses épaules se referment.
— Frère Halven, commence-t-elle. Son flux…
— Son flux est stable, coupe-t-il. Assez pour qu’elle tienne debout et rentre là d’où elle vient.
Il avance dans la salle, chaque pas résonnant plus fort que nécessaire.
Son regard se pose sur moi une seconde.
— La mercenaire est réveillée. Le temple a rempli sa part, dit-il. Votre compagnon fait un scandale depuis une heure. Il veut vous récupérer. Très bien.
Il y a quelque chose, dans sa façon de prononcer “mercenaire”, qui me donne envie de lui montrer que mes bottes peuvent aussi remplir des visages.
Éléa fait un pas en avant.
— Frère, objecte-t-elle. Ce serait imprudent de la renvoyer tout de suite. Son flux est à peine stabilisé. Si elle subit un nouveau choc sans surveillance, il pourrait—
La gifle part si vite que je ne la vois pas vraiment.
Je l’entends.
Un claquement sec, violent, qui coupe sa phrase en deux. La tête d’Éléa bascule sur le côté sous l’impact. Une mèche de ses cheveux se détache de sa coiffure parfaite.
Elle ne crie pas.
Elle reste figée, la joue rougie, les yeux ouverts.
Mon corps réagit plus vite que ma réflexion.
Je me redresse d’un coup, les pieds déjà au sol, les muscles prêts à bondir. Mon flux, très calmement, décide que c’est un excellent moment pour recommencer à bouillir.
La colère remonte, brute, sans filtre.
Éléa tend aussitôt le bras en travers, sans même me regarder. Sa main me barre le chemin avec une étonnante fermeté.
Halven, lui, a un léger temps d’arrêt.
Juste une fraction de seconde où je vois passer dans ses yeux une surprise froide, presque de la peur : la renarde qu’il vient de traiter comme un dossier de plus n’est pas seulement une patiente sage qui reste allongée.
Puis il se ressaisit, se raidit, se cache derrière son rôle comme derrière un bouclier.
— Ça suffit, lâche-t-il d’une voix froide. Tu as déjà gaspillé bien assez de temps et de lumière sur une épée louée.
Ses yeux reviennent sur moi une fraction de seconde pendant qu’il parle.
“Épée louée”.
Pas “patiente”.
Pas “personne”.
Juste un outil parmi d’autres.
— Tu n’es pas ici pour t’attacher, poursuit-il en se tournant de nouveau vers Éléa. Ni pour bavarder, ni pour nourrir des curiosités inutiles. Tu es un canal. Tu laisses Saeluna passer, et c’est tout.
Chaque mot est une pierre.
Je vois, littéralement, le visage d’Éléa se refermer.
Ce n’est pas juste une expression qui change.
C’est comme si quelqu’un abaissait une série de verrous, un à un : le léger éclat dans ses yeux s’éteint, ses traits se remettent en place, neutres, lisses.
L’espace d’un instant, j’ai l’impression de regarder la version d’elle que j’ai vue hier dans le hall : outil de soin parfaitement rangé dans son rôle.
Elle baisse la tête.
— Oui, Frère, répond-elle d’une voix redevenue sans relief.
Pas un tremblement. Pas une plainte.
Juste l’obéissance.
Elle tourne légèrement la tête vers moi. Ce n’est pas un vrai regard, pas le temps. Juste un mouvement des yeux, un mince éclat qui passe dans le bleu.
Un minuscule signe de tête.
Je ne sais pas si c’est un “pardon”, un “au revoir” ou un “tiens bon”. Peut-être les trois.
— Retourne dans tes quartiers, ordonne Halven. Tu es consignée. Plus de salle de rituel avant qu’on t’en donne l’autorisation. Et plus de débordements de ce genre.
Éléa incline la tête davantage.
— Bien, Frère.
Elle se détourne, sa robe claire frôlant le sol. Elle franchit la porte sans un bruit. La lumière blanche a disparu depuis longtemps, mais j’ai l’impression d’en voir encore des traces au bout de ses doigts.
La porte se referme derrière elle avec un bruit étouffé.
Il ne reste plus que Halven et moi.
Je le fixe, incapable de lisser mon expression aussi bien qu’Éléa l’a fait. Ma queue doit être hérissée sans que je le veuille. Je sens les muscles de mes épaules protester.
Il ignore soigneusement ma colère.
— Puisque vous tenez déjà debout, dit-il simplement, vous pouvez partir.
Je vérifie par réflexe : mes pieds sont bien au sol, mes genoux tiennent. Il n’y a plus que la migraine, fine ligne de douleur derrière les yeux.
— Ça ira. J’ai connu pire que ça.
Il ne commente pas.
— Votre compagnon vous attend devant l’entrée, annonce-t-il. Il a fait assez de bruit pour réveiller la pierre. Il m’a assuré qu’il vous tiendrait loin des… excès, le temps que votre flux se calme.
“Votre flux”.
De sa bouche, ça sonne comme “votre problème”.
Il se décale légèrement, m’indique la porte d’un geste.
— Le temple a fait ce qui était en son pouvoir, conclut-il. Le reste ne concerne plus Saeluna.
Je serre les dents, mais je ne dis rien.
Je traverse la pièce, chaque pas mesuré. Plus de vertige, juste cette douleur sourde qui pulse, comme un nouveau courant encore trop fort pour le canal.
Quand je passe à sa hauteur, il incline à peine la tête, par pure courtoisie.
Le couloir est silencieux de nouveau.
Je tourne la tête sans réfléchir. Un couloir latéral. Plus sombre. Et cette impression absurde que… quelque chose m’attend.
Une traction légère, presque une pensée qui n’est pas la mienne.
Je fronce les sourcils. Pas maintenant. Je détourne les yeux et je reprends vers la sortie.
Au bout du couloir, l’ombre d’une silhouette familière se détache sur le fond pâle.
Kaito.
Adossé au mur, bras croisés, l’air tendu. Il relève la tête dès qu’il m’entend approcher, et je vois ses épaules se relâcher d’un millimètre.
Il m’attend au bas des couloirs, près des marches.
On descend ensemble. Le temple s’éloigne derrière nous à chaque marche.
Je quitte la fraîcheur contrôlée du temple pour retrouver, avec lui, l’air lourd de la ville.
Et derrière nous, dans une petite pièce blanchie à la lumière de la lune, une prêtresse vient d’apprendre qu’on pouvait lui gifler ses rêves aussi facilement que son visage.
Kaito me fixe alors.
— Alors ? grogne-t-il. Ils t’ont mariée à la Lune ou ils se sont contentés de tripoter ton flux ?
Le ton se veut léger, mais ça sonne surtout comme quelqu’un qui fait l’inventaire pour vérifier si je tiens encore sur mes deux jambes.
Je descends les dernières marches, un peu raide.
— Pas de mariage, je réponds. Juste… un diagnostic.
Kaito attend. Il ne pose pas de question de suite, mais son silence est clairement étiqueté “raconte”.
Je soupire.
— Ils disent que mon flux est divisé en deux, je finis par lâcher. Deux courants. Pas en harmonie.
Je tourne légèrement la main, comme si je pouvais montrer quelque chose qui n’existe pas.
— Apparemment, c’est… pas vraiment répandu comme problème . Du jamais vu pour eux. Mais pour l’instant, ça s’est… calmé. Stabilisé.
Je cherche un mot qui ne fasse pas trop “rapport médical de l’au-delà”.
— Disons que les deux courants ont arrêté de se foncer dedans toutes les deux secondes. Ça remue toujours, mais ça ne cogne plus partout.
Kaito ne répond pas tout de suite.
On marche dans une ruelle en pente qui redescend vers la ville “du milieu”. Le bruit du port remonte en écho, loin devant.
— Divisé en deux, répète-t-il enfin. Bien sûr. Évidemment. Pourquoi faire simple.
Il souffle par le nez, un rire sans humour.
— On savait déjà que ton flux avait un truc… pas net. “Incomplet”, d’après les soins de l’époque.
Il serre les poings dans ses manches.
— Mais ça, les crises, les absences… c’était pas censé arriver.
Il inspire, contrôle.
— On en parle à Tomas à son retour.
Il garde le silence encore quelques pas, puis lâche, sec :
— J’aime pas ça.
— Les flux ?
— Les prêtres.
Sa mâchoire se crispe.
— Ceux du Soleil, ceux de la Lune, ceux de n’importe quoi. Tant que ça porte un symbole et que ça croit parler pour une “puissance supérieure”, ça finit par croire que les autres sont des pièces de leur jeu.
Je ne peux pas m’empêcher d’acquiescer.
— Tu n’aurais pas aimé ce que j’ai vu dedans, alors.
Il tourne la tête vers moi.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
J’hésite une seconde.
Puis je lâche :
— La prêtresse qui… s’occupait de moi. Éléa. C’est elle qui m’a rattrapée quand j’ai décroché. Sans elle, je pense que je serais encore en train de hurler dans ma tête.
Le souvenir de la lumière pâle sur ma peau, du flux qui se remet en place, remonte net.
— Et après ça, quand je me suis réveillée… le prêtre l’a giflée.
Je sens Kaito se raidir à côté de moi.
— Pardon ?
On continue de marcher, mais l’air vient de perdre deux degrés.
— Elle m’a tenue. Elle m’a empêchée de replonger.
Je marque une pause.
— Et Halven l’a giflée. Devant moi.
Je revois le bruit sec, la tête d’Éléa qui part sur le côté, son regard qui se vide à vue d’œil.
La main de Kaito se serre en poing.
— Bien sûr, grogne-t-il. Frapper celle qui n’a pas le droit de répondre. Très pieux, comme réflexe.
On arrive à un croisement. Il s’arrête, pose les mains sur ses hanches, cherche clairement à ne pas faire demi-tour pour retourner au temple juste pour casser quelque chose.
Il relève les yeux vers moi.
— Mais une gifle. Pour avoir fait son travail.
Je hausse un peu les épaules.
— Elle a… insisté. Pour moi. C’est sûrement ça qu’il n’a pas supporté.
Et ce n’était pas juste “pour moi”. C’était pour quelqu’un qui n’avait aucun statut à leurs yeux.
Kaito serre la mâchoire encore un peu plus.
Puis il expire longuement.
Le port commence à apparaître au bout de la rue, en contrebas. La guilde n’est plus très loin.
Il jette un coup d’œil vers moi, plus attentif.
— Et toi ? Pas leur diagnostic. Toi. Comment tu te sens ?
La question me prend un peu de biais.
Je cherche dans mon corps avant de répondre.
Les battements de mon cœur sont encore rapides, mais réguliers. Ma tête bourdonne toujours un peu, mais ce n’est plus la douleur brute de tout à l’heure. C’est plus… un arrière-fond.
— Comme si… quelqu’un avait ouvert une nouvelle rivière en moi, je finis par dire. Ça pousse encore un peu sur les berges, mais ça a arrêté de tout casser sur son passage.
Je marque une pause.
— C’est grâce à Éléa. C’est elle qui m’a raccrochée au bord, pas leurs prières.
Kaito hoche lentement la tête.
Sa colère se tasse, remplacée par une autre expression que je commence à connaître : l’inquiétude.
— Tant que tu continues à être ma petite sœur, ça me va, dit-il doucement. Le jour où tu ne seras plus la même, là je commencerai vraiment à paniquer.
Je laisse échapper un soufflement qui ressemble vaguement à un rire.
— Je suis là, Kaito, dis-je. Entière. Et puis je te rappelle que c'est moi l'aînée.
Les mots sortent tout seuls.
Ce n’est qu’une seconde après que je réalise ce que je viens de dire. Je n’avais aucune idée de qui est né en premier… et pourtant, ma bouche a répondu comme si elle répétait une vieille réplique déjà jouée mille fois.
Un réflexe qui ne vient pas que de moi.
Kaito incline légèrement la tête, accepte la réponse comme une évidence.
— Bien, conclut-il. Dans ce cas, on rentre. On dira à Tonton que les prêtres ont trouvé une façon poétique de dire “on ne sait pas”, et tu manges quelque chose avant de t’effondrer sur une table.
On reprend la marche.
Le bruit du hall de la guilde commence déjà à flotter dans l’air, derrière les autres sons de la ville. Des voix, des rires, le choc des chopes, le grondement rassurant d’un endroit où les choses sont bruyantes, bancales, vivantes.
À côté de moi, Kaito avance en silence.
Je le regarde du coin de l’œil.
Le profil que je vois, c’est celui qu’Aselys connaît par cœur : mâchoire serrée, yeux qui surveillent tout, colère prête à mordre pour protéger ce qu’il lui reste de famille.
Ce qu’il croit être sa famille.
Une pensée s’insinue, plus froide : Je devrais lui dire.
Qu’à l’intérieur, il n’y a pas que sa sœur. Que la fille qui marche à côté de lui, qui répond à son “Aselys”, qui connaît la sensation de sa main sur son épaule… n’est pas exactement celle avec qui il a grandi.
Qu’il y a aussi Sophia.
Vingt-deux ans d’une vie de l’autre côté d’un écran, dans un autre monde, sous un autre ciel.
Mais quand je tourne la tête vers lui, il me jette un regard rapide, vérifie encore une fois que je tiens debout.
— Si tu vacilles, tu me le dis, d’accord ? grogne-t-il. Pas de “ça va” automatique.
La phrase est brute, maladroite.
Le genre de phrase qu’on ne dépense pas pour n’importe qui.
Je me contente d’acquiescer.
Pas aujourd’hui.
Aujourd’hui, je me contente d’être la sœur qu’il essaie de protéger, même si le costume n’est pas entièrement taillé pour moi.
Je repousserai la vérité à plus tard.
Il fait déjà nuit quand on pousse la porte de la guilde.
La lumière chaude du hall nous accueille comme une vague lente : lanternes suspendues, reflets sur le bois, quelques tables encore occupées. Rien à voir avec le vacarme habituel.
Ceux qui restent parlent à mi-voix, une chope à la main, une assiette de ragoût à moitié entamée devant eux. Ça sent la bière, la viande, la fumée et le savon bon marché.
Un endroit vivant.
On franchit le seuil. Kaito referme la porte derrière nous, puis se tourne vers moi.
— Je vais faire le rapport à Tonton, dit-il. Tu montes te reposer. Vraiment te reposer.
Son regard insiste sur le “vraiment”.
— Pas d’entraînement, pas de “je vais juste réfléchir deux minutes”, pas de “je descends au stock voir un truc”. Tu manges quelque chose si tu peux, tu bois, et tu dors.
Je lève les mains, paumes ouvertes.
— D’accord, d’accord. De toute façon, je suis épuisée.
Il me fixe encore une seconde, comme s’il essayait de deviner si je suis en train de lui mentir.
Finalement, il hoche la tête.
— Si tu sens que ça recommence, dit-il plus bas, tu viens me chercher. Même si je dors.
La phrase est brute, mais elle se cale quelque part entre mes côtes.
— Promis, je réponds.
Il pince les lèvres, puis s’éloigne vers le bureau de Tonton, sa silhouette se fondant peu à peu dans le demi-ombre du couloir.
Je reste au pied des escaliers un moment, à écouter le hall respirer.
Puis je monte.
Ma chambre m’accueille avec la même neutralité que d’habitude.
Je ferme la porte derrière moi et me laisse tomber sur le matelas. Pendant deux secondes, je crois que je vais simplement m’éteindre là et me réveiller demain.
Sauf que non.
Mon cerveau, lui, a décidé que la journée n’était pas terminée.
Les images remontent par paquets. Pas en ordre. Pas gentiment.
Feux d’artifice. Neige. Sang. Lueur argentée.
Le sourire de l’homme au soleil barré.
La femme étendue dans la neige, le rouge qui gagne.
Kaito qui hurle “MAMAN”.
Et Tonton… ce regard qui se casse en deux sans faire de bruit.
Je serre la couverture jusqu’à sentir mes ongles mordre.
Le noir revient. Les deux fragments de lune au-dessus.
Mon corps d’avant. Aselys en face.
La sensation de sa main dans la mienne.
La lumière qui nous a englouties toutes les deux.
Les messages.
[SYSTEM] – Fusion partielle des flux.
[SYSTEM] – Flux lunaire déverrouillé.
Je lève mes mains devant mon visage. Elles ont l’air normales.
Mais sous la peau, ça pulse doucement, comme un courant frais qui n’existait pas avant.
Je déglutis.
La migraine est toujours là, tapis dans l'ombre, prête à bondir.
Et puis il y a Éléa.
Sa voix, calme au milieu du chaos.
Ses doigts dans l’air, tissant une lumière pâle pour empêcher mon crâne de se déchirer.
Et ce moment précis où elle ose demander : “L’extérieur… c’est comment ?”
Le bleu de ses yeux qui s’allume quand je lui parle de la forêt, des arbres plus hauts que le temple, de la mousse et des rayons de lumière entre les branches.
Elle m’écoutait comme si chaque mot pouvait devenir un souvenir de secours.
Et ensuite, la gifle.
Le bruit sec.
Sa tête qui part sur le côté.
La mèche de cheveux qui se détache.
Et, pire encore, le moment où elle se referme.
La seconde exacte où son regard s’éteint, où elle replie ses rêves à l’intérieur sans discuter, comme on range un objet qu’on n’a jamais eu le droit de sortir.
Quelque chose chauffe dans ma poitrine.
— “Épée louée”, je marmonne.
Je me redresse un peu sur le lit, dos contre le mur.
— Une épée louée, ok. Ça, c’est moi. Ça, je peux l’encaisser.
Je sens ma queue battre contre le matelas, nerveuse.
— Mais elle… elle a grandi avec eux.
Je parle à voix haute. Je m’en rends compte à peine.
Dans mon monde, j’ai passé des années à regarder des injustices de loin. Fermer l’onglet, scroller, passer à autre chose.
Ici, quelqu’un vient de frapper la personne qui vient de me recoller les morceaux à trois mètres de moi.
Je ne peux pas juste… changer de chaîne.
Je passe une main sur mon visage. — Réfléchis, Sophia. Utilise ta tête, pas tes tripes.
C’est une très, très mauvaise idée ce qui est en train de se fabriquer dans mon crâne.
Le temple, c’est une institution.
Ils ont des gardes, des prêtres, des règles, des couloirs que je ne connais pas.
Moi, je suis une mercenaire dans un corps que je maîtrise à peine, avec un flux qui vient à peine d’arrêter de taper contre les murs.
Y retourner, c’est stupide. C’est le genre de quête secondaire qu’on évite quand on n’a pas le niveau.
Je pourrais me raconter que c’est “logique”.
Que j’y retourne parce qu’Éléa est la seule à savoir me stabiliser.
Que sans elle, à la prochaine crise, je suis seule avec mon crâne et une prière.
C’est vrai. C’est même un bon argument.
Mais je sens bien que ce n’est pas le noyau.
Le noyau, c’est son regard qui s’allume… puis s’éteint.
Le noyau, c’est l’idée qu’elle est consignée là-dedans, punie pour avoir… insisté. Pour avoir été humaine une seconde de trop.
Et ça me donne une rage qui n’est pas tout à fait mienne.
Ce n’est pas la rage de Sophia qui analyse. C’est une rage plus ancienne. Plus simple. Une rage qui a déjà perdu quelqu’un.
Je veux la revoir.
Je veux lui parler sans témoin.
Je veux lui dire que ce qu’elle a demandé — “dehors” — ce n’était pas une faute.
Et je veux la sortir de là.
Je ferme les yeux une seconde.
Kaito, dans le couloir du temple : “Pas d’excès.”
Tonton, dans le bureau : “Repos, stabilité.”
Rei : “Pas d’ennuis pendant qu’on n’est pas là, nya.”
Tomas : “Si possible sans nouvelles variables dangereuses.”
Ma mâchoire se serre.
— Désolée, je murmure.
Le mot se perd dans la pièce.
— Désolée, Kaito.
— Désolée, Tonton.
— Désolée, Rei, Tomas. Je vais… faire un truc idiot.
Je reste assise encore quelques secondes, à espérer que l’idée se tasse toute seule.
Elle ne se tasse pas.
Au contraire, elle se solidifie.
Je me lève, et j’attrape mon épée.
Je traverse la chambre à pas lents et attrape le loquet de la fenêtre.
Un courant d’air frais me frappe quand je l’ouvre. La nuit s’invite aussitôt : odeur de mer, de bois mouillé, de fumée qui traîne. Dehors, la ville descend en pente douce vers le port, taches de lumière éparpillées dans l’obscurité.
Au-dessus des toits, les deux lunes veillent.
Entières, celles-là.
Je reste un instant accrochée au rebord, à regarder ce monde qui n’est pas le mien et qui l’est quand même un peu.
Je pense à Éléa, à ses mains couvertes de lumière, à ses yeux qui brillaient quand je lui ai parlé de la forêt, à la façon dont elle a tendu le bras pour m’empêcher de frapper Halven.
— Je refuse de la laisser seule là-dedans.
Je prends une grande inspiration.
Puis j’enjambe le rebord de la fenêtre.
Le bois craque sous mon poids, le vide se devine juste en dessous, la nuit s’ouvre devant moi comme un écran noir avant le début d’une nouvelle partie.
Si c’est une bêtise, j’en assumerai les conséquences.
